Fabienne Boulin Burgeat en interview : à la recherche de l'ultime vérité.

Le dormeur du Val - Fabienne Boulin Burgeat, Les éditions Don Quichotte

Vous avez tous entendu parlé de cette affaire. Robert Boulin, ministre en exercice, est mort assassiné. Dans "Le dormeur du Val" disponible aux éditions Don Quichotte. Sa fille, Fabienne Boulin-Burgeat réalise sa propre enquête, où elle décrit sa quête de vérité. Elle relate trente années de recherche dans ce livre. Lisez ce bouquin car il va vous plonger dans un secret d'Etat. Rencontre avec Fabienne Boulin-Burgeat qui a répondu à nos 5 questions.


Photo : Sophie Daret
Photo : Sophie Daret

 

 

1/ Bonjour Fabienne Boulin Burgeat, vous êtes la fille de Robert Boulin, ministre du Travail mort assassiné en octobre 1979. Fin janvier 2011, vous publiez «Le dormeur du val», une affaire juridique qui dure depuis déjà 31 ans. Quel a été l’élément déclencheur pour l’écriture de ce livre ?

 

Depuis longtemps je repoussais les diverses propositions de maisons d’édition, voulant me focaliser sur le combat judiciaire afin que la vérité sur les circonstances de la mort de mon père soit enfin reconnue par la justice et que le déni et les mensonges cessent. Mais j’ai changé d’avis le 8 juin 2010, à la sortie du bureau du Procureur Général de Paris. J’avais rendez-vous avec lui, accompagnée de mon avocat, Me Olivier Morice, pour qu’il nous dise les suites qu’il entendait donner à la nouvelle demande de réouverture de l’instruction que nous lui avions soumise. Il m’annonça alors que des scellés avaient à nouveau disparu, ceux précisément dont je demandais l’analyse. A chaque fois que j’ai fait une demande d’analyse de pièces à conviction, ces dernières ont disparu du dossier. Là, c’était une fois de trop ! L’insupportable et l’inacceptable avaient été franchis. Pis encore, venant de quitter le bureau du Procureur, j’appris sur les marches du palais de justice de la bouche de journalistes présents qu’il venait de faire savoir par communiqué de presse que le dossier ne serait pas rouvert, ce qu’il ne nous avait pas dit lui-même en face … mais que la garde des Sceaux avait annoncé publiquement quelques jours auparavant. C’est à cet instant même que j’ai décidé d’écrire ce livre. Il m’a semblé indispensable, pour progresser vers la vérité, de faire connaître au plus grand nombre les très graves dysfonctionnements de notre justice et de notre démocratie. 

 

2/ A la lecture de votre livre, ce qui saute au yeux, c’est l’impression d’un vaste

complot.

 

Il ne s’agit pas tant d’un vaste complot que d’un système de réseaux de connivence. Pour réussir un assassinat comme celui-ci il suffit au début de quelques gens placés où il faut quand il faut. Beaucoup de ceux qui sont impliqués dans le camouflage de l’assassinat en suicide se sont ensuite laissés mener par leur entourage sans se poser de questions. Certains aussi n’ont pas voulu penser à la possibilité de l’assassinat car leur vision de notre République en aurait été trop bousculée. La paresse intellectuelle pour les uns, la couardise pour les autres ont de fait réussi à faire taire ceux qui auraient dû dénoncer les graves dérives d’une République passablement déconfite.
 

3/ Durant ces trente années, avez-vous penser jeter l’éponge ?

 

Quelquefois, mais jamais pour très longtemps. Issue des deux côtés d’une famille de résistants je reste convaincue que les combats légitimes doivent finir par être gagnés. Même si la tâche est lourde, ayant à me battre contre une pseudo raison d’Etat, une raison privée d’Etat, qui ne vise qu’à protéger les intérêts de quelques personnes qui n’ont pourtant pas hésité à torturer et tuer un homme dont l’honnêteté et la compétence gênaient. Et j’ai toujours dans la tête la phrase que mon père a prononcé la veille de sa mort : « Ce ne sont pas les salopards qui doivent gagner ! »

 

 

4/ Votre livre se lit comme un polar, et pourtant...

 

On me dit souvent en effet qu’il se lit aussi facilement qu’un polar. En fait c’est un « polar réalité». Si j’avais décidé d’écrire un roman noir, jamais je n’aurais pu imaginer des rebondissements aussi énormes. Ici la vérité dépasse la fiction. Ce témoignage de 31 ans de combat livre un cas d’école pour ceux qui veulent comprendre lucidement comment nos institutions fonctionnent ou plutôt dysfonctionnent gravement, et l’urgence de reconstruire une République plus conforme à nos aspirations de citoyens. La France doit cesser de tolérer des mœurs politiques corrompues. Nous devons revitaliser la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, éléments indispensables pour garantir une vraie démocratie.

 

 

5/ Comment allez-vous 5 mois après la sortie de votre livre ?

 

Je suis solide et déterminée et les nombreux témoignages que je reçois des lecteurs de mon livre font de moi une auteure heureuse! Surtout, ils montrent que ma démarche citoyenne est bien comprise par un nombre grandissant de Français et cela me conforte dans mon combat.

 

Le dormeur du Val - Fabienne Boulin Burgeat, Les éditions Don Quichotte

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