Jérôme Saltet et André Giordan, Changer de collège, c'est possible !

Changer le collège, c'est possible ! - Jérôme Saltet et André Giordan, Oh ! Editions

Après le livre édifiant d'Emilie Sapielak qui balance sur l'école, afin de vous proposer un sujet complet, nous donnons la parole à l'écrit à deux auteurs : Jérôme Saltet et André Giordan. Dans une époque où tout le monde se plaint sans vraiment proposer de solutions, deux hommes ont l'audace de proposer DES solutions pour changer le collège et le rendre plus idéal. Pour eux, c'est possible, et ils exposent leur projet dans un essai aux éditions Oh ! disponible depuis fin août intitulé "Changer de collège, c'est possible !". Entretien avec deux hommes convaincus qu'on peut mieux faire pour les générations futurs de collégiens.


Jérôme Saltet et André Giordan, Changer de collège, c'est possible !
1/ En cette période de rentrée agitée, Jérôme Saltet et André Giordan vous éditez aux éditions Oh ! un essai « Changer le collège, c’est possible ! », alors on vous prend aux mots, que préconisez-vous de concret et de véritablement réalisable ?

Jérôme Saltet : Tout ce que nous proposons est concret et réalisable. Les principales idées sont :
- La fin des classes, remplacées par un parcours sans redoublement, dans des groupes de vie multi-âges, où chaque élève progresse à son rythme.
- La fin de la routine des cours d'une heure, remplacés des dispositifs variés qui peuvent durer 1/4 d'heure ou une semaine en fonction des objectifs.
- La fin des notes, remplacées par des évaluations variées déclenchées le plus souvent à la demande de l'élève quand il se sent prêt.
- Un programme entièrement revu, centré sur l'essentiel et le sens, où les savoirs ont la même importance que les savoir-faire et les savoir-être.
- Des profs qui sont des spécialistes de l'élève avant d'être les spécialistes de leur matière.

André Giordan : Aucune de ces dix idées n'est du domaine du rêve ou de l'utopie. Toutes ont déjà été expérimentées avec succès. Et ce Collège ne coûtera pas plus cher que les collèges qui se créent aujourd'hui.

2/ Pourquoi avez-vous eu la volonté de faire ce livre à deux cerveaux et à quatre mains ?

Jérôme Saltet : D'abord parce que nous travaillons ensemble sur ce projet depuis 6 ans. Ensuite parce que nous nous complétons bien. André Giordan est un chercheur mondialement reconnu en sciences de l'éducation. Il suit et accompagne depuis 30 ans toutes les innovations intéressantes, en France et dans le monde. J'apporte mon expérience de chef d'entreprise (Play Bac) et d'inventeur de concepts éducatifs (Les Incollables, Mon Quotidien...).

André Giordan : Apprendre, l'école sont des sujets complexes, voires paradoxaux. Un seul regard est insuffisant. La panacée que recherche les enseignants ou leur ministre est une plaie pour le système éducatif. Il importe de partager des expériences multiples, de confronter des approches venus d'horizons différents.

3/ Vous avez travaillé sur une durée de six ans la réalisation de ce livre. Pour quelles raisons ?

Jérôme Saltet : Parce que nous voulions construire un projet sérieux, réaliste et global. Cela prend du temps. Nous avons commencé par travailler ensemble sur la compétence peut-être la plus importante à acquérir à l'école : "Apprendre à apprendre", titre de notre ouvrage paru chez Librio. Puis nous avons bâti notre projet, en menant une veille rigoureuse sur les pratiques pédagogiques pour valider nos idées.

André Giordan : Toujours pour approcher cette complexité. Il nous a fallu repérer, visiter, évaluer un grand nombre d''innovations pédagogiques, en France et à l'étranger. En réalité, 6 ans, c'est seulement le temps de travail en commun des deux auteurs.Ce travail a été commencé par l'un des auteurs il y a 35 ans quand il a mis en place ses premières innovations d'abord dans ses classes, puis en montant des équipes d'enseignants, enfin en coordonnant une recherche sur des établissements expérimentaux français qui s'est déroulée à la fin des années 70. Il s'est poursuivi depuis Genève ensuite, en coachant des équipes d'enseignants de différents pays.

4/ En quelques mots, « depuis 30 ans, le collège s’est fossilisé par la faute des réformes successives, mal pensées… Les enfants s’ennuient, décrochent. La violence s’installe. », selon vous, pourquoi ?

Jérôme Saltet : L'Education nationale est devenu l'un des corps les plus conservateurs du monde. La réforme du collège semble se heurter à tous les immobilismes. D’un côté, des ministres qui se succèdent à un rythme digne de la Quatrième République, et qui faute de pouvoir s’inscrire dans la durée y vont chacun de sa « petite » réforme, souvent bâclée, toujours parcellaire, fatalement inefficace. De l’autre, les profs, lassés de cette réformite, qui se sont recroquevillés sur une position de défense. Il en résulte un collège où les élèvent subissent leurs apprentissages, n'apprennent pas les savoirs et les compétences qui leur seront utiles toute leur vie, accumulent du stress, perdent progressivement toute confiance en eux...

André Giordan : Différentes causes convergent. Au niveau des élève l'ennuie augmente, car l'école ne répond pas à leur question. Elle est devenue largement décalée par rapport à un monde qui bouge. N'oublions pas quelle est concurrencée par de nouvelles technlogies largement plus attractive et par une société qui favorise la consommation effranée et le zapping.
Au niveau de l'institution, trente ans de réformes successives non préparées, non partagées, inachevées, pas évaluées ont bloqué le systèmeŠ L'institution est ainsi bloquée par la maladresse de ses dirigeants. Dès lors, il n'est pas étonnant que la majorité des enseignantsŠ attendent toujours la prochaine réforme !

5/ Chaque année, de nombreux livres sont édités, en quoi le vôtre apporte un plus ?

Jérôme Saltet : C'est un livre positif. Il ne s'agit pas de se lamenter ou de critiquer mais de proposer et de construire. D'ailleurs, nous sommes prêts à faire le collège que nous proposons !

André Giordan : Généralement les livres sur l'école dénoncent. Ce sont des sociologues qui font des constats d'échecs, des journalistes qui se lamentent que rien ne bougent, des enseignants qui racontent leur difficulté ou leur déprime.
Notre livre est positif. Il a recensé ce qui est possible, ce qui se fait de mieux. il propose une évolution globale, il monte qu'elle est possible. Il fournit un mode d'emploi clef en main.

LA FRINGALE LITTERAIRE remercie Jérôme Saltet et André Giordan de s'être prêtés au jeu de l'interview.

Changer le collège, c'est possible ! - Jérôme Saltet et André Giordan, Oh ! Editions

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