Paris, 1975. Inspecteur au sein de la police criminelle, César Dreyfus se voit chargé d’une enquête un peu particulière : le corps de Dieter Bock, un ancien officier SS, vient d’être retrouvé pendu à une corde à piano. Sitôt balayée la thèse du suicide, l’Inspecteur Dreyfus se retrouve plongé, malgré lui, dans une affaire qui aurait fait fuir tout autre inspecteur : en se plongeant dans le passé de cet ancien nazi, il se retrouve rapidement mêlé à d’autres meurtres visant des industriels et banquiers suisse, belge et anglais. Confronté à sa propre hiérarchie, à la lutte des différents services du contre espionnage français, aux pressions des services secrets d’Allemagne de l’Est et de l’Ouest et jusqu’à l’intervention d’un commando du Mossad, l’Inspecteur Dreyfus devra naviguer dans un océan de coups tordus, de meurtres et de règlements de comptes entre Etats afin de boucler une enquête explosive faisant ressurgir des ombres du passé que tout le monde pensait enterrées.
Avec ce roman policier mêlant habilement le monde du contre –espionnage à la sauce Robert Ludlum, Shane Stevens se saisit à pleines mains d’un sujet extrêmement risqué pour l’époque : comment insérer des anciens nazis dans son histoire tout en évitant les clichés, et ce seulement 30 ans après la chute du 3è Reich. L’époque se prête particulièrement à ce questionnement puisque cela coïncide, à quelques années prés, à l’exfiltration d’Adolph Eichmann (nazi notoire) en Israël pour y être jugé pour crimes contre l’humanité, et le retour forcé de Klaus Barbie en France pour y répondre de ses actions comme chef de la Gestapo à Lyon. Deux personnages que Shane Stevens intègre d’ailleurs dans son livre tant le questionnement est alors intact : que sont devenus et, souvent, comment ont été réintégrés dans la société les milliers d’officiers SS ou de nazis convaincus ayant participé directement à l’une des pages les plus sombres de l’histoire européenne ? L’épuration a été superficielle tant l’Europe, entièrement à reconstruire, et l’affrontement naissant entre Otan d’un côté et prosoviétiques de l’autre, nécessitait le recours à toute la main d’œuvre et tous les cerveaux disponibles – même s’ils avaient été étroitement mêlé à la solution finale. Et ceux qui auront apprécié la Trilogie Berlinoise, de Philippe Kerr, où était traitée la question de la dénazification sous l’angle du polar, retrouveront très facilement leurs marques dans cet ouvrage écrit 5 ans plus tôt par Shane Stevens.
Mais par-dessus tout, le coup de maitre de Shane Stevens dans « l’Heure des Loups », c’est indubitablement son héros, Dreyfus, qui porte sur ses épaules toutes les contradictions du siècle : un policier français ayant vu toute sa famille disparaître à Auschwitz et qui doit se plonger, malgré lui, dans le passé d’anciens officiers SS afin de comprendre vers quoi tendent ces règlements de comptes mêlant financiers et nazis, comme des soubresauts faisant oublier que la guerre s’était terminé 30 ans plus tôt. Traquer de vieux criminels de guerre permet-il d’alléger la souffrance des proches disparus par leur faute, et peut on y trouver une rédemption ? Qui, de l’inspecteur et des nazis, est le chasseur et qui est la proie ?
Quand la nuit tombe, que ce soit sur Paris ou dans les ruines des camps de concentrations, c’est l’heure des loups, de Shane Stevens, aux Editions Sonatine.
Martial Monod-Laetitia DREAN