1/ Bonjour Victor Beauvais, Économie de l’amour est votre premier roman.
Comment s’est mise en place l’histoire ?
J’étais en thèse d’économie. Plutôt que de faire une thèse qui aurait subi le même sort que presque toutes les thèses – n’être quasiment pas lue, même pas par mes amis –, j’ai préféré écrire un roman qui, comme son titre l’indique, parle du monde de l’économie telle qu’elle est pratiquée et qui me paraît être pensée hors de toute réalité. Je voulais parler aussi de l’amour qui échappe au narrateur. Il se sent perdu, et comme beaucoup d’entre nous, inadapté au monde dans lequel vit.
2/ Vous vous placez dans ce roman comme un observateur lucide de nos contemporains avec des opinions dénuées de toute complaisance. Vous n’avez pas votre plume dans votre poche ?
Le narrateur porte un regard lucide sur le monde, très ironique, très inscrit dans notre époque, et pourtant plein d’espoir. C’est un personnage complexe qui est à la fois dur et fragile, naïf et clairvoyant. Il oscille entre illusion et lucidité, entre vie rêvée et vie réelle. Il est aussi critique sur l’université et les sciences économiques qu’il est timide avec les filles.
Si je n’ai pas la plume dans ma poche, c’est peut-être parce que j’écoute beaucoup les gens autour de moi et que j’ai beaucoup travaillé le style. Le mien est direct, assez brutal, et lui aussi inscrit dans notre époque.
3/ Dans votre roman, vous parlez d’économie et d’amour. Deux mondes opposés ou/et complémentaires ?
Ce livre n’est pas une analyse économique de l’amour, et encore moins une analyse amoureuse de l’économie… Le personnage remarque que beaucoup prétendent comprendre l’économie tout comme l’amour alors que nous ne connaissons véritablement ni les lois de l’économie, ni celles de l’amour. C’est sûrement cela qui rejoint l’économie et l’amour dans ce roman. Le narrateur délaisse l’économie et l’amour occupe son esprit. Il rencontre une fille qui travaille dans un magasin de photo et invente une façon de s’adresser à elle : les pellicules qu’il lui donne à développer sont des messages.
4/ Vous aimez Godard et Britney Spears. Et même si vous avez « fait polytechnique », vous aimez aussi South Park. Vous nous offrez une image plus décontractée que celle incrustée dans les consciences collectives ?
Je n’écris pas en tant que polytechnicien, mais en tant que Victor Beauvais (et rassurez-vous, je ne me prends pas pour Alain Delon !) Le narrateur, qui est parfois brutal et surprenant dans ses analyses, refuse toute forme de légitimisme culturel. Il est libre dans ses goûts ce qui explique sa culture très hétéroclite. Il n’aime pas tel livre, tel film ou telle musique parce qu’ils sont socialement légitimes. Il aime regarder les clips de Britney Spears car il y voit une expression assez parfaite de ce qu’est l’Amérique. Il aime Godard mais peut aller voir au cinéma des comédies américaines qui sont rapidement rejetées par des formes de cloisonnements culturels.
Aussi, il ne va pas chercher les explications là où il serait légitime de les trouver. Il nous explique par exemple que la meilleure analyse de la crise économique ne vient pas des économistes réputés, mais d’un épisode de South Park où l’on retrouve tout : le banquier irresponsable, l’emprunteur insolvable ruiné par des achats idiots, les solutions les plus absurdes, les conseillers gouvernementaux qui ne savent pas quoi faire des actifs qu’ils ont rachetés, et surtout, l’économie vue comme une idée qui repose sur la foi, comme une religion nouvelle.
5/ Avez-vous envie d’écrire un deuxième roman ? Si oui, quel sujet vous inspire ?
Bien sûr ! J’ai déjà commencé l’écriture d’un deuxième roman qui parle entre autre du monde du travail mais je n’en dirai pas plus pour l’instant. Économie de l’amour vient de sortir et c’est celui-là que l’on peut lire aujourd’hui…


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